L'Arbizon, un grand seigneur de la Bigorre

L’Arbizon (2831m)

Un grand seigneur de la Bigorre :

 

Qui le contemple depuis le Néouvielle, le Pic du Midi, ou la route du col d’Aspin, ne peut qu’être frappé et attiré par sa masse imposante et son isolement. Pas trop loin du camp à vol d’aigle, ou même en voiture, il suffit de passer le col du Tourmalet. L'Arbizon offre des paysages variés – reposants ou grandioses – très différents de notre Néouvielle familier avec son granit et ses lacs...

 

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Le petit lac d'Arou dans le massif des pics de l'Arbizon et du Monfaucon

 

Un pic et un massif qui valent bien des « trois mille ».  Les entreprises de Laurent, depuis deux ans, avaient éveillé mon intérêt pour cette cime; et voici qu’une météo moyenne me décide enfin : « orages possibles sur les massifs frontaliers » : sur le nord de la chaîne, cela peut donc tenir en partant tôt. Nous serons quatre, Karine,Coralie, et Everett, un canadien travaillant au Danemark, ramassé en stop alors qu’il venait d’achever la traversée des Pyrénées...

Nous voici donc sur une petite route pittoresque au dessus de Payolle, à travers des sapinières aérées et de débonnaires pâturages à vaches ; quelques lacets, et on laisse la voiture à la hourquette d’Ancizan (1500m environ) qui mène vers Aulon en vallée d’Aure: départ (1200m) de l’itinéraire facile du versant sud. Par le nord cela fait théoriquement 30 kms de voiture et 300m de dénivelé de gagnés et moins de soleil à endurer !

Cela commence par un large sentier en pente douce, qui contourne les contreforts nord de la montagne et mène en une bonne heure au petit lac d’Arou. Abondante cascade sous le déversoir, mais pas de source au dessus : d’où vient l’eau ? La forte présence des troupeaux nous dissuade de puiser au lac ; heureusement que nous avions fait le plein des gourdes au camp : dans ce massif calcaire, en l’absence de neige, nous ne rencontrerons plus d’eau de toute la journée !

Du lac, cap au sud, en laissant à droite l’itinéraire du col et du pic de Montfaucon. Il faut maintenant contourner par la droite un important ressaut du vallon nord de l’Arbizon, sous le Montfaucon, en évitant les pentes de rhododendrons trop denses : l’itinéraire le plus logique se voit confirmé par les traces d’un sentier effacé(cairns). puis nous débouchons vers 2100m dans la partie supérieure du vallon, plus évasée, et qui se referme en un cirque d’éboulis au pied des parois imposantes de l’Arbizon.  

 

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Au dessus du lac, vue sur le massif de l'Arbizon

 

Les cairns se dirigent vers la gauche, pour profiter au mieux de quelques pentes d’herbes, jusqu’à leur disparition complète, vers 2300m. On devine la« brèche carrée » qui est l’itinéraire le plus direct,et nous entrons dans le couloir « nord » (dit le topo, en réalité orienté plein est) qui mène à la crête entre le Montfaucon et l’Arbizon. J’hésite : la brèche, ou le couloir ? Pas évident d’en bas ! Les cairns continuent à baliser un sentier de plus en plus effacé mais moins croulant que les pierrailles voisines, où Karine rivalise avec Everett, jusqu’à un petit névé au pied de la paroi : C’est là qu’il faudrait escalader directement, prendre une diagonale enneigée vers la gauche, et à nouveau escalader jusqu’à la brèche. Mais à quatre : avec notre petite corde de randonnée et seulement deux piolets, cela pourrait prendre du temps pour bien assurer. Je choisis donc plutôt de continuer à droite par le couloir, maintenant tout à fait croulant : ou des blocs moyens instables, ou de petits graviers glissant sur le sol terreux ; nous traversons encore à droite pour gagner un vague éperon, parsemé de blocs plus importants qui permettent de s’équilibrer et de se reposer un peu; entre temps il faut tailler des marches dans la terre sèche : Vivent les piolets ! Pris à tout hasard malgré le faible enneigement, ils sont ici super-précieux...

 

pierre ! Un gros bloc dévale vers un homme que nous venons de repérer avec son chien et qui s’approche à une allure impressionnante : Ouf, pas de mal ! Nous voici enfin sur la crête, vers 2650m, et il nous a déjà rejoints : C’est un berger qui monte lui aussi à l’Arbizon, nous le laissons passer. Les 200 derniers mètres du couloir nous ont pris près d’une heure (4heures 1⁄2 depuis le départ) : la pause déjeuner est bienvenue !

Il faut ensuite redescendre au moins 50m versant sud, vers l’est, sous les contreforts de l’arête, contourner un éperon rocheux, et nous tombons sur le sentier en lacets qui vient d’Aulon, nettement plus fréquenté. Encore une demi-heure pour le sommet où nous attendent le berger et son chien. Vue panoramique immense sur les grands massifs frontière, déjà pris par les nuages comme l’annonçait la météo : l’orage gronde peut-être à Gavarnie, mais ici il reste encore du soleil et des trouées de ciel bleu qui permettent d’envisager un retour serein. Vu d’en face, avec la perspective, le couloir emprunté à l’aller est impressionnant, pas question de le prendre à la descente ! Depuis le col atteint sur la crête, nous avons le temps de monter au Pic de Montfaucon (2700m) et de redescendre à l’ouest par sa voie normale, sans problèmes : un couloir de petits éboulis à prendre en courant, assez vite un sentier, puis de vastes pentes herbeuses qui nous ramènent au lac d’Arou. A défaut d’être potable, la cascade du déversoir offre une bonne douche, puisque la pluie se fait attendre! La boucle est achevée, et la voiture n’est plus bien loin. Nous serons même à l’heure pour le repas, sans avoir eu à forcer...

Descentes et remontées comprises, cela fait quand même 1500mètres de dénivelé, comme par Aulon ! Ce n’est donc pas une « mise en jambes », mais de bons sentiers – excepté le couloir – en font une course abordable ; Si l’enneigement était plus important sur le versant nord de la chaîne que sur la frontière (cela peut arriver) le couloir pourrait même se trouver très enneigé début juillet, et donc moins pénible pour des groupes à l’aise sur la neige. Sinon, il est toujours possible depasser à l’aller et au retour par le Montfaucon, ou même de se limiter à lui (panorama presque équivalent). Enfin, pour des grimpeurs moyens, mais pas trop lents vu le dénivelé, l’Arbizon peut offrir deux jolies courses : la longue traversée : Petit Arbizon – Grand Arbizon(PD), ou encore un autre (et vrai) « couloir nord » (PD sup), plus rocheux et neigeux, caché derrière le grand pilier nord, et qui aboutit presque directement à l’est du sommet.

 

Cette belle montagne a un goût de« revenez-y » :  Pourquoi pas l’an prochain ?

 

Daniel Desouches